mardi, mars 14, 2017

Revue du vin de France, (petite) querelle sémantique

Dans la Revue du vin de France de mai 2016, page 132:

Château Latour-Martillac:
"Plus de petit verdot dans l'assemblage. Une aubaine pour ce vin qui se distingue par son charme délicat."

Ca veut dire quoi? Il y a plus de petit verdot, ou bien il n'y en a plus.
La querelle est (petite), car la réponse est en page 133.

mercredi, décembre 07, 2016

Les allemands, vaincus, récoltent du verjus

Si si, c'est authentique.

Ce monsieur apporte ses vins pour la vente, à Talma à Nantes.

Il montre à Annabelle une bouteille de Monbazillac 1945.

"Ca, c'est très rare. Monsieur l'expert connaît sans doute l'histoire.
Pendant la guerre, les allemands avaient pris le vignoble et l'exploitaient pour eux.
En 1945, ils ont vendangé en juin et ont emmené le vin en Allemagne".

N'est-ce pas charmant?

dimanche, décembre 04, 2016

La verticale DRC vendue 115.000 euro

Vente à Alençon le 3 décembre 2016

Commissaires-priseurs Maîtres Biget et Nowakowski d'Alençon (Orne), expert Gilles du Pontavice de Sainte-Brigitte (Morbihan).



Une belle enchère record  au téléphone pour ces 12 bouteilles de Romanée-Conti des millésimes 1998 à 2009, sur une mise à prix de 80.000 euros.
L'effet de la collection a joué sans doute, mais ces bouteilles ne partent ni en Chine ni en Russie, mais au Danemark.
Lors de cette vente, d'autres bouteilles ont atteint des prix élevés (cette fois à la bouteille):
Romanée-Conti 2005 à 11.800 euros, 2003 à 9.300 euros, La Tâche 2005 à 2.350 euros.

mercredi, novembre 30, 2016

Vente DRC à Alençon le 3 décembre 2016

Et revoici notre verticale de Romanée-Conti de 1998 à 2009.
Elle n'avait pas été vendue en mai dernier.


Je n'ai pas l'habitude d'accepter des prix de réserve élevés, mais là on ne pouvait faire autrement. Cette collection est donc restée invendue. Le propriétaire nous a chargés de la revendre, et ce sera le marché qui en fera le prix. Il a bien voulu nous donner quelques bouteilles supplémentaires. Le tout est présenté (et les enchères sont possibles) sur Interenchères:

http://www.interencheres.com/fr/meubles-objets-art/vente-mobilier-objets-dart-ie_v83267.html/3

Il y a même une bouteille de Montrachet!

Confronté à l'augmentation des fraudes, le Domaine de la Romanée-Conti m'a appelé pour s'assurer de la bonne provenance des bouteilles, et demander pourquoi les numéros étaient cachés sur les photos.
Les numéros ont été cachés sur les photos par souci de confidentialité, mais bien sûr pas sur les bouteilles, ce qu'on ne se permettrait pas, crime de lèse-Conti, mais que j'ai déjà vu avec désolation.

Les photos qui vont être mises en ligne sur Interencheres. auront les numéros des bouteilles visibles. Nous avons bien sûr envoyé au Domaine la liste des bouteilles avec leurs numéros, et ni Orne-Enchères ni moi-même n'avons le goût de vendre des bouteilles falsifiées. Il serait plus simple pour nous de dire au Domaine "ce sont les bouteilles de M. ou Mme X.", mais tout simplement nous n'en avons pas le droit.
Heureusement, les faussaires m'évitent, comme ils évitent tous les experts compétents, et comme ils évitent de manière générale le marché occidental. 
Qu'on ne compte pas sur moi pour donner ou vendre une étampe de Petrus "pour me faire un surtout de table", comme demandé il y a quinze jours. Je sais bin où elles atterissent.

Sur la page d'accueil du site de la DRC, en haut à droite, vous trouverez un "Warning" reproduit ci-dessous:



Important : contrefaçons



Tout récemment, les médias se sont fait l’écho d’un important « coup de filet » des services de police de plusieurs pays d’Europe dont la France, qui a révélé l’existence d’un réseau international de contrefaçons concernant notamment la Romanée-Conti dans des millésimes récents.

Plusieurs personnes ont été arrêtées, mais l’opération n’est pas terminée et cette affaire verra certainement d’autres rebondissements.



Ces évènements sont certes regrettables, mais ils montrent la volonté qu’ont aujourd’hui les autorités nationales et européennes de s’opposer fermement et de mettre fin à des agissements qui sont très dommageables pour l’image des grands vins français. Nous nous en réjouissons.



Parmi les victimes des contrefacteurs figurent des professionnels, mais aussi des collectionneurs de grands vins.



C’est pourquoi nous souhaitons profiter de l’occasion pour insister à nouveau sur un point essentiel qui intéresse tous les amateurs de vins du Domaine, qu’ils soient professionnels ou particuliers : il est très important que, sauf certitude totale sur la provenance des bouteilles qui leur sont proposées, ils n’achètent jamais nos vins que par les circuits officiels connus c’est-à-dire nos distributeurs et les cavistes qu’ils ont sélectionnés, seule garantie d’authenticité et aussi d’intégrité, c’est-à-dire de bonne conservation des bouteilles.

On me pardonnera la taquinerie d'observer qu'une certitude ne peut être que totale ou ne pas être (reste d'une éducation jésuitique).
Je travaille uniquement dans le circuit des ventes publiques, donc je vends des vins qui ont déjà été vendus, et souvent à des particuliers. Les distributeurs, exportateurs et cavistes sont mes clients, ils mettent donc sur le marché des bouteilles qui n'ont pas forcément un pedigree impeccable, car elles ont transité par la cave de X. ou Y. La Place de Bordeaux rachète des vins et les vend sous son nom, mais il ne faut pas le dire.
 Le négoce le plus respectable se fournit chez nous, dans les salles des ventes, puisque le stock des grands vins se trouve chez les particuliers ( à voir une très vieille histoire concernant le domaine Coche-Dury):


Bref, on fait de notre mieux. Dans le cas de figure d'aujourd'hui, j'ai vu les étiquettes d'expédition du Domaine de la Romanée-Conti au nom de mon vendeur, ce qui est pour moi un gage d'authenticité. Par contre, j'ai souvent refusé de mettre en vente des bouteilles dont l'origine me paraissait- même un tout petit peu- douteuse.








L'industrie des Faux a fait de grands grands progrès.
J'en ai parlé il y a quelques temps sur ce blog:
http://vinorumcodex.blogspot.fr/2016/04/the-billionaires-vinegar.html
et aussi, pour les fameux magnums de Romanée-Conti 1945 dont nous avons parlé avec Michel Chasseuil dans son 100 bouteilles extraordinaires..., sur:

http://vinorumcodex.blogspot.fr/2016/04/romanee-conti-1945-en-magnums.html

En résumé:
je suis bien sûr heureux de proposer à la vente ces bouteilles prestigieuses, et nous avons pris le maximum de précautions pour être assurés de leur authenticité.
Je suis absolument d'accord avec les mesures prises par le Domaine de La Romanée-Conti pour éviter la vente de bouteilles frauduleuses.

dimanche, novembre 20, 2016



Un boulot aussi rare que confidentiel: auditeur auprès d'une grande instance internationale. C'est un travail qui me plait, car il me permet de joindre la dégustation de vins à mon penchant pour la statistique, à savoir établir une prévision de l'état de la cave en fonction des vins achetés, de leur espérance de vie, de la consommation probable etc.
Bien sûr, c'est le service interne qui décide de servir tel ou tel vin, et mon travail est seulement un cadrage périodique. Est-ce qu'on a trop acheté, ou pas assez? Est-ce qu'on doit terminer de servir tel millésime faiblard? Et que penser de l'avenir de La Dominique 2003?

Après mon passage, je rends un rapport qui donne l'état de la cave, sa valeur d'assurance, des prévisions de consommation etc. qui sont suivies ou pas, mais attestent de l'intérêt de gérer une cave sur le long terme. Au point de vue de la qualité des vins servis comme au point de vue de l'économie financière. 

Dans des milieux ô combien diplomatiques, l'avis d'un expert indépendant (c'est moi) peut sécuriser le service des achats comme l'instance qui le contrôle. Avis donc à la Communauté Européenne: je suis compétent, honnête, incorruptible (sauf avec une palette d'Yquem 1811) et, tare congénitale des bretons, pas très cher.

 Après cette offre de service, revenons à notre cave européenne.
Il y a donc une cave dont l'objet est de garder des vins achetés en primeurs et de les servir à maturité aux invités.

Maturité? Pas moins de 10 ans pour des Bordeaux classiques, souvent plus. Car c'est une cave de Bordeaux.
On y sert actuellement 2001 et 2002.




Cette année, nous avons goûté quelques vins pour savoir quoi en faire.
Passons sur le Château Larrivet-Haut-Brion, Graves 1970 dont il reste 4 bouteilles, petit vin faible, sans intérêt. A l’époque, ce domaine n’avait pas grande réputation.

Il y a en cave un certain nombre de Bordeaux 2003, et il faut toujours se méfier des années très chaudes. Aussi nous en avons goûté deux bouteilles.
La Dominique, Saint-Emilion, a une robe marquée, évoluée, un peu d’ampleur mais s’aminçit vite en bouche. Passera bien à table sans trop tarder.
Beychevelle, Saint-Julien, a un nez bien mûr et fruité. Il n’a pas eu de très bonnes notes en vin jeune. Nous l’avons trouvé très bon, bâti en longueur, avec une finale puissante, un peu sèche mais très longue. J’ai trouvé qu’il prenait à l’ouverture des notes de fumé, puis même de goudron comme un Pape-Clément en plus léger. Le soir, une note de réglisse. Un vin d’amateur. J'en suis.

Ensuite, un classique dont il reste des bouteilles, Château Haut-Brion 1988, 1er cru de Graves. Un vin en pleine, forme, bien, avec un beau boisé, des notes de menthe et de sous-bois, une grande finale qui lui garantit pour moi encore un bel avenir. Mais il faudra bien le commencer !

samedi, novembre 19, 2016

Vente à Saint-Malo le 19 novembre 2016

Retour d'une vente à Saint-Malo ce 19 novembre 2016.
Sale temps au départ, avis de tempête, sur la route grand beau temps avec eau sur la route et grand soleil éblouissant de face, raté la sortie de Dinan, arrivé à Bécherel, en retard pour la vente, j'ai horreur de ça.
Une vente courte, de 170 lots, mais avec quelques belles bouteilles.

Je suis assez inquiet sur les 16 bouteilles de Lafleur 1978. Je connais mal Lafleur à Pomerol. En fait personne ne connaît bien Lafleur. Je me souviens de l'avoir goûté dans une dégustation de 1986 où il était très bon; on l'avait classé 1er devant Petrus. Je sais seulement que 1978 est un grand millésime, et bien plus rare que du Petrus.
Sur 16 bouteilles, j'ai fait trois lots de qualité grand(ua)ante, car c'est à ça qu'on reconnait un bon expert, sans tenir trop compte de l'état des étiquettes. Je pense que le vin est dans la bouteille, et que la qualité des étiquettes qui me pose de plus en plus problème est plus affaire de philatélistes que d'oenophiles.
Lot 155: 4 bouteilles Château Lafleur 1978. Les moins bonnes, mi-haute épaule, estimation à 1000-1200 euros, se vend à 1700 euros.
Lot 156: 6 bouteilles Château Lafleur 1978. Les moyennes, tout haut épaule, estimation à 1500-2000 euros, vente à 3500 euros.
Lot 157: 6 bouteilles Château Lafleur 1978. Les meilleures, bas goulot, estimation  à 2500-3000 euros, vente à 3600 euros.
Je me suis modestement reconnaissant d'avoir privilégié le niveau du vin à la qualité des étiquettes.

Quelques autres jolis prix?
Petrus  1982 (un vrai!) à 2300 euros.
Haut-Brion 1988  ( une caisse parfaite de 12 bouteille) à 2700 euros.
C'est une bouteille que j'ai eu la joie de goûter la semaine dernière dans une autre cave d'un autre pays. Un millésime massif, encore jeune.

Margaux 1988  ( une caisse parfaite de 12 bouteille) à 2800 euros.

Et... 6 bouteilles du Château Rauzan-Ségla 2010 adjugées 500 euros à un amateur qui sait ce qu'est un très grand vin.

Gilles



vendredi, juillet 01, 2016

Chartreuse VEP 1964

Cette bouteille rare est en vente samedi 2 juillet 2016  à l'Aigle, dans l'Orne, Orne-Enchères, N°283.
http://www.interencheres.com/fr/meubles-objets-art/apres-successions-et-a-divers-ie_v78918.html/2



Il s'agit d'une liqueur vieillie longtemps en fûts de chêne, ce qui apporte encore de la complexité aux arômes de la Chartreuse. Le millésime 1964 date la mise en fût. Le vieillissement en fût est de 10 à 15 ans.






En 2015, nous avons vendu à Alençon une bouteille de Chartreuse Blanche datée de 1860-1970 à l'enchère record de 5100 euros. Une belle histoire visible sur

http://vinorumcodex.blogspot.fr/2015/12/chartreuse-blanche-alencon.html



vendredi, juin 17, 2016

Ausone, Cheval-Blanc, La Tâche, Gilette, Petrus, La Conseillante, Valandraud, etc.

Belle vente à Nantes le mardi 21 juin, Hôtel des ventes Talma.

 


Catalogue sur Interencheres et enchères en live: http://www.interencheres.com/fr/meubles-objets-art/grands-vins-et-alcools-ie_v67406.html

BORDEAUX DES CHATEAUX Ausone 2000, 2009, Cheval-Blanc 2009, Gilette 1937, 1945, 1947, 1953, Haut-Brion 1970, 1995, Lafite-Rothschild 2010, Latour 2005, Margaux 1972, 1996, 1998, 2000, 2001, 2002, 2005, 2006, Mouton-Rothschild 1990, 1994, 2000, 2003, 2004, 2006, 2009, Petrus 2011. Angélus, d'Armailhac, Batailley, Belgrave, Beychevelle, Calon-Ségur, Canon, Canon-La-Gaffelière, Cantemerle, Carbonnieux, Clerc-Milon, Climens, Clinet, Cos d’Estournel, Ducru-Beaucaillou, Duhart-Milon, Figeac, Gazin, Giscours, Grand-Puy-Lacoste, Gruaud-Larose, Guiraud, Haut-Bailly, Haut-Batailley, Hosanna, d’Issan, La Conseillante, La Gaffelière, La Lagune, La Mission Haut-Brion, La Tour-Haut-Brion, Lafleur, Lafleur-Pétrus, Lagrange, Lascombes, Latour à Pomerol, L’Eglise-Clinet, L’Evangile, Léoville-Barton, Léoville-las-Cases, Léoville-Poyferré, Les Forts de Latour, Lynch-Bages,Malescot-Saint-Exupéry, Montrose, Palmer, Pape-Clément, Pavie, Pavie-Decesse, Pavie-Macquin, Pavillon Rouge, Pichon-Lalande, Pontet-Canet, Rabaud-Promis, Sociando-Mallet, Talbot, Trotte Vieille, de Valandraud, d’Yquem.




Bourgognes dont La Tâche, Richebourg DRC- Grands Echezeaux DRC – Echezeaux DRC - Champagnes -Armagnac

Expert: Gilles du Pontavice, gilles.dupontavice@orange.fr

mercredi, mai 25, 2016

Verticale de Romanée-Conti

Et voici la verticale de Romanée-Conti qui sera vendue samedi 25 mai à Alençon, et qui pourrait dépasser l'enchère record de 100.000 euros! http://www.interencheres.com/fr/meubles-objets-art/moa-et-vins-ie_v76274.html

mercredi, avril 27, 2016

The Billionaire’s vinegar

Sous ce titre est paru en 2008 un ouvrage consacré aux bouteilles les plus chères du monde, les Bordeaux des années 1780 de Thomas Jefferson. On ne peut le lire qu’en anglais (ou plutôt, il me semble, en américain), mais cela en vaut la peine.

Autour de ces bouteilles à la provenance mystérieuse, vendues fort cher à des millionnaires souvent naïfs, Benjamin Wallace donne les résultats de son enquête avec un sens du suspense nettement supérieur au Da Vinci Code.
Même si un travers US habituel se retrouve souvent : « X., un x years old man with golden (or white or blue) hairs etc… ». Franchement, peu importe. Mais n’est-ce pas Robert Parker qui a introduit cette description systématique des atouts capillaires ?
Dans ce thriller, on croise Michael Broadbent, Jancis Robinson, Serena Sutcliffe, la famille Forbes, Bill Koch, Thomas Jefferson +, et bien sûr le personnage central, sous le nom de Hardy Rodenstock. Je l’ai eu comme client, mais c’était il y a très longtemps.

Quel intérêt d’en parler aujourd’hui ? Parce qu’un film est en tournage sur ce sujet, avec comme star Matthew Mac Conaughey. Sur ce point, on peut être assuré que le tournage se fera avec de fausses bouteilles.

Sur ces vastes sujets, de l'argent, du luxe et de la crédulité, on regardera avec intérêt une conférence de Benjamin Wallace, l'auteur de ce livre, sur cette URL.

lundi, avril 25, 2016

Miscellanée de la semaine 17, 2016

LES EXILS DES VIGNERONS DE CAHORS

Jean XXII, pape d’Avignon en 1316, fit venir à Châteauneuf (du-Pape) des vignerons de Cahors, dont il était originaire. Longtemps après, le tsar (de toutes les Russies) fit de même pour implanter un vignoble de malbec sur ses terres. Buvant énormément (ce qui est vrai), il aurait soigné son ulcère au vin de Cahors (ce qui est probable). Récemment, c’est de Moldavie qu’est venu un nouveau « Cahors ». La rançon du succès.

dimanche, avril 24, 2016

Hermitage 1929, Jaboulet-Vercherre

Descendant à Bordeaux pour goûter les primeurs 2015, Bleuzen et moi nous arrêtons chez un ami, qui a dans sa cave quelques jolies bouteilles. J'y avais vu il y a longtemps des Hermitage 1929 de la maison Jaboulet-Vercherre, des blancs. A priori peu de chances qu'un tel vin vale mieux que de servir de base à un beurre blanc. On décide d'en ouvrir une en apéro.

La maison Jaboulet-Vercherre est implantée en Bourgogne, à Beaune, mais elle vient du Rhône, plus précisément de Tain-L'Hermtage, où elle fut fondée en 1834. En Hermitage, la cuvée de rouge s'appelle Rochefine, la cuvée de blanc s'appelle La Tour Blanche. J'ai peu de connaissances sur ce vin. Une bouteille de 1976 a été ainsi décrite en 2014 par François Audouze: "une couleur d’une jeunesse folle. Le nez est de truffe blanche. Son élégance est extrême. La bouche est remarquable, fluide, et l’équilibre est grand. C’est un très grand vin."

Robert Parker en parle comme d'une cuvée de qualité moyenne. Evidemment, la maison Jaboulet-Vercherre n'a rien en commun, si ce n'est une lointaine ascendance, avec Paul Jaboulet. La famille fondatrice a d'ailleurs vendu cette maison en 2002 je crois. Je connaissais ses vins surtout par le Pommard Clos de La Commaraine, souvent très bon en millésimes anciens, notamment le 1964 si mes souvenirs sont bons.

Les bouteilles ont des niveaux divers, certaines en vidange sont visiblement oxydées. Nous en choisissons une dont le niveau est à 6 centimètres du bas du bouchon, ce qui est bien bas pour un blanc sec.
A température d'une bonne cave, c'est bien suffisant. Le bouchon part en miette malgré mes efforts, et nous devons carafer le vin en le filtrant.
Première surprise, la couleur est certes dorée, mais assez lumineuse pour espérer avoir quelque chose de bon. Le nez est excellent, cireux, avec la noix d'un vin jaune, mais discrète. En bouche, c'est un jeune homme, vif et fringant, mais carré. La finale est franchement tannique, ce qui est très surprenant pour un vin de cet âge. Une idée, mais il est trop tard: servi à température ambiante et vraiment à l'aveugle, il pourrait passer pour un vin rouge. Ce vin a du attendre très longtemps pour digérer son réduit.

De retour, je consulte le livre de référence de Michael Broadbent; comme partout, 1929 y est décrit comme un millésime exceptionnel. Broadbent note une fréquence du nez de noix, et pour son unique note sur un Hermitage blanc de 1929 (de chez Chave, respect), de noix de coco!
Evidemment pas la couleur politique de feu Pierre Jaboulet-Vercherre, dernier de la famille dans la maison.En tous cas, un grand souvenir que ce vin.

Le lendemain de cet article, Monsieur Audouze me répond sur le forum de La passion du vin, en rajoutant un commentaire sur un vieux millésime, que voici: "L'Hermitage blanc La Tour Blanche Jaboulet Vercherre 1947 est une belle surprise. Par transparence dans la bouteille le vin m'était apparu très sombre. Mais en fait dans le verre, le vin est d'un ambre très clair, tendant vers un rose pâle. Le nez est pur. Il est simple mais direct, avec un joli fruit rose que suggère sa couleur. La vibration avec les coques, touchées de chorizo est superbe."

samedi, avril 23, 2016

Miscellanée de la semaine 16, 2016

CLIMATS DE BOURGOGNE :



Il s’agit des noms de parcelles cadastrales très anciens. Souvent ils désignent l’exposition de cette parcelle, souvent aussi sa qualité ou les conditions de travail qui en résultent. Ils sont très nombreux :
Les Champs-Perdrix à Fixin, à Vosne-Romanée et à Nuits-Saint-Georges, les Corbeaux à Gevrey-Chambertin, Les Poulaillères à Flagey-Echézeaux, les Cailles à Nuits-Saint-Georges, les Poulettes et Aux Perdrix à Nuits-Saint-Georges. Voilà pour la gente ailée. Citons aussi deux prédateurs : Les Renardes à Aloxe… et Dent de Chien à Chassagne.

Miscellanées de la vigne et du vin, Gilles du Pontavice

vendredi, avril 22, 2016

Verticale de Romanée-Conti



A vendre prochainement.

Romanée-Conti 1945 (en magnums)

Et revoilà les fameux magnums de Romanée-Conti 1945 !



1945 : très grand millésime, par le symbole et la qualité, et surtout dernier millésime où l’étiquette de la Romanée-Conti porte la fière inscription :
Vigne originelle française non reconstituée

Après la vendange, tous les ceps furent arrachés et l’on replanta des pieds greffés. La Conti avait lutté contre le phylloxéra durant des décennies, et comme les autres vignes elle avait perdu.

Je ne sais plus quand on me les a proposés, trois magnums d’un millésime mythique, mais ça remonte à loin puisque c’était en francs français. 20.000 francs chacun, je crois, pas cher… mais payables en liquide. Vers 1995 peut-être. Le vendeur n’était qu’un intermédiaire, et celui qui était derrière lui, je n’en avais pas grande confiance. Affaire tentante mais risquée.

Par un ami qui connaissait quelqu’un qui, etc., j’ai contacté un proche du domaine, et on m’a répondu, de façon informelle, qu’il n’y avait pas eu de mise en magnums au domaine en 1945 (la récolte était minuscule : 608 bouteilles). J’ai évidemment laissé tomber.

De ces magnums, j’ai ensuite perdu la trace. J’en ai retrouvé deux par hasard.

On en retrouve un autre, vendu en 2013 par un restaurateur de Chicago pour 45.000 dollars.
Le Journal de Saône-et-Loire cite Aubert de Villaine, co-gérant du Domaine :
« Selon la rumeur, l’ancien chef du domaine aurait créé, à partir de bouteilles, quelques magnums pour des Compagnons de la Libération (…). Mais quand il a fallu authentifier les bouteilles, le chef de cave était mort ».

La cuisine des châteaux du Bordelais

Attention, ce sont les derniers exemplaires de cet ouvrage paru en 2001 aux Editions Ouest-France, et qu'on peut encore commander chez un libraire.
Au menu, des reportages gourmands dans les Châteaux ci-dessous:


Château Léoville-Barton, "Un amour de Saint-Julien."
Château de Mongenan, "Un jardin des lumières."
Château de Cazeneuve, "Château royal."
Château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande, "Si Pichon m’était conté… »
Château Margaux, "Sans défaut."
Château de Figeac, "Villa familiae."
Château Nairac, "Nairac... rime avec Barsac".
Château de Mongenan, "Un jardin des lumières. »lumières."
Château du Bouilh,"Un rêve interrompu."
Château de Roquetaillade, "Viollet-le-Duc, côté cuisines."
Château Pontet-Canet, "In vino veritas."
Château Smith-Haut-Lafitte, "Une chartreuse dans les Graves."
Château d'Yquem, "Quoi ? L'Eternité. C'est la terre allée avec le soleil."
Château Branaire-Ducru, "Un grain de beauté."
Château Kirwan, "L'art de l'assemblage."
Château Fayard, "Un classique romantique."

lundi, avril 18, 2016

Récapitulatif notes Bordeaux Primeurs de 2009 à 2012, et pourquoi cela s'est arrêté

Pour la première fois en 2010, j’ai publié des notes de dégustations sur les primeurs de Bordeaux. Je m’y rends chaque année depuis 19xx, j’étais dans les plus jeunes, cela n’est plus le cas. Il est impossible pour quelqu’un comme moi, sans grande infrastructure, de goûter tout ce qui se fait à Bordeaux. Donc je picore, chaque année sans a priori, et je garde mes notes pour le moment où les vins arriveront sur mon marché, celui des ventes aux enchères – au minimum cinq ans.
J’ai reporté ces notes sur des pages perso de qualité moyenne, mais informatives. On peut les retrouver, sans quelques photos perdues au hasard d’un très méchant virus, aux adresses suivantes :
http://latruitedequenecan.pagesperso-orange.fr/GrandsVins/Primeurs2009.htm
Millésime 2009, avec une classification à part pour les vins très dominants en merlot (90% et plus).

http://latruitedequenecan.pagesperso-orange.fr/GrandsVins/Primeurs2010.htm
Où j’expose le postulat qu’on peut déguster les primeurs le nez bouché. Où l’alcool devient dominant. Où l’auteur regrette avec aigreur que les Graves blancs soient plus chers que les Graves rouges.

http://latruitedequenecan.pagesperso-orange.fr/GrandsVins/Primeurs2011.htm
Où la photographie s’impose dans le compte-rendu. Où par apriori je me méfie des a priori. Où Parker… et les chevaux de labour loués au jour pour satisfaire l’objectif des journalistes.
Que j’étais méchant alors : « Fonbrauge à 21 euros, c'est du Fombrauge. Alors que Magrez Fombrauge à 112 euros, c'est du Magrez ». Aussi en parlant des journalistes grégaires mais farouches.
Où l’on peut voir Parker devant le plan d’eau du Château Lagrange.

http://latruitedequenecan.pagesperso-orange.fr/GrandsVins/Primeurs2012.htm Où sombre Sauternes.
Où l’on réapprend qu’un millésime d’une certaine qualité, succédant à deux grands millésimes, est très disqualifié par les commentaires.

http inexistante : Primeurs 2013 Je n’ai pas retranscrit mes notes sur les Bordeaux 2013. Faute en premier d’une panne informatique de grande envergure. Faute ensuite de ma déception globale devant ces vins, qu’un critique a qualifié de « plus mauvais millésime depuis cinquante ans », ce qui est injuste sans doute.

http inexistante : Primeurs 2014 Pas venu aux primeurs. Pas le temps.
2015, mon retour. Mais le lecteur a déjà vu cela plus haut.

jeudi, avril 14, 2016

Entre ici, Michel Chasseuil

Entre ici, Michel Chasseuil, avec tes grandes bouteilles... Puisque tu ne m'a jamais répondu depuis qu'ensemble nous avons écrit les 100 bouteilles extraordinaires de la plus belle cave du monde, que ta collection de La Chapelle-Bâton ne trouve, apparemment, pas d'abri pérenne, puisqu'il faut bien en sortir un jour, pourquoi ne pas faire confiance au marché?
Est-ce un hasard si l'éditeur de la traduction chinoise a figuré en couverture les toits du château de Chambord? "Un château posé en Sologne comme un gros diamant au centre de la France (...) qui est lui-même la couronne et se passe d'un souverain." Les phrases sont de moi, je n'y peux rien. Mais le plus bel écrin républicain pour la plus belle collection de vins au monde, c'est Chambord. Point.

Bordeaux primeurs 2015 : vendredi : Bad Boy, Bad Girl

Du garage à la basse-cour... C’est Robert Parker (dit-on, mais on ne prête qu'aux riches), le maître du chien de Mondovino, qui a trouvé le surnom de Jean-Luc Thunevin : Bad Boy, le mouton noir de Bordeaux. Après avoir créé le vignoble de Valandraud, proclamé qu’il deviendrait le vin le plus cher de Bordeaux – et y réussi-, après avoir bâché ses vignes et vu son Saint-Emilion déclassé en vin de table (L’...interdit de Valandraud 2000 se trouve aujourd’hui autour de 150 euros), le Mouton noir a continué à jouer au chat et à la souris avec l’INAO et les diverses instances. Aujourd’hui auréolé du passage de Valandraud du statut de « Saint-Emilion grand cru » (généreusement accordé dans l'appellation) à celui de « Saint-Emilion 1er grand cru classé » en passant une étape à saute-mouton (race caussenarde sans doute, de type dolichocéphale), bien sûr, il peut tout se permettre.

Y compris un Bad Boy de merlot et grenache, puis de syrah, un autre de chardonnay, déclarés dans la nouvelle appellation « Vin de France ». Et puis un crémant de Bordeaux, Bad Girl. La famille s’agrandit sans cesse, notamment avec Baby Bad Boy (140 dollars à Hong-Kong, soit 30 euros). Et avec Virginie Thunevin, la fille de Jean-Luc et Murielle, qui donne son nom à un Bordeaux produit près de Fronsac.
Quelques prix en cave ? Virginie Thunevin à 9 euros, Baby Bad Boy à 10-15, Bad Boy à 15, Bad Girl à 15, 3 de Valandraud à 30, Clos Badon à 26, Virginie de Valandraud blanc à 30, Virginie de Valandraud rouge à 40, Valandraud blanc à 40, Valandraud rouge de 200 à 400.
Après une dégustation flamboyante à l’Angélus, nous déjeunons sur une place de Saint-Emilion quasiment déserte. L’église monolithe est en travaux, comme d’habitude. En bretons typiques, nous avons apporté quelques gouttes de crachin. Les poules du jardin sont des Bantam de Pékin, pas farouches, et leur coq n’est point trop jaloux.

L’accueil chez Thunevin est unique dans la semaine des Grands Crus, absolument familier et familial. Il y a des bouteilles partout, leurs vins, les vins qu’ils conseillent, les vins des copains… On goûte ce qu’on veut, mais il faut goûter La Marzelle.

Valandraud est très bon, avec une grande finesse. Virginie de Valandraud est bien sûr plus accessible aujourd’hui, sur sa rondeur et sa maturité. Le Clos Badon est discret au nez, avec du volume en bouche, mais très tannique. 3 de Valandraud est d’un abord aisé. Bad Boy est corpulent, dur en bouche (existe en syrah, chaud en bouche).
J’aime beaucoup La Marzelle, tout en rondeur ; le second vin, Prieuré La Marzelle, a une belle attaque et une bonne bouche.
J’aime bien le Clos Margalaine à Margaux, boisé, puissant, amer, long, mais le grand vin, Marojallia, me semble vraiment trop dur. Ce n’est pas la première fois ; mais je n’ai pas eu l’occasion de le goûter ensuite en bouteille.
Nous passons ensuite à tout hasard à Cheval-Blanc. Mais la semaine des primeurs est terminée et la chaîne est mise. Il n’y a plus qu’à rentrer en Bretagne. J’aurai goûté 240 vins cette année, et malheureusement fait l’impasse sur les grands Pomerol, Fronsac et d’autres. Restent les commentaires de ce que j’ai goûté, dont les articles vont s’étoffer peu à peu de renseignements techniques, et bien sûr des prix de sortie en primeur.
Crédit photos: Bleuzen du Pontavice